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Le potentiel du loisir demande qu'on le prenne au sérieux: Reconnaissons sa place en politique

Dans les dernières semaines, il a été question de santé, de réussite scolaire, de vitalité des régions. Nombre de sujets importants sur lesquels on a entendu des promesses. Rien sur le loisir, pourtant susceptible de contribuer à plusieurs des priorités comme la santé physique et mentale, la lutte au décrochage scolaire, l’intégration des nouveaux arrivants et tant d’autres.

Pour y remédier, le Conseil québécois du loisir a soumis un questionnaire aux diverses formations politiques. L'intention était simple : offrir à chacune l'occasion de dire ce qu'elle compte faire pour le loisir. Il était essentiel pour nous que notre réseau de 5 200 organisations locales, régionales et nationales puisse connaître ces réponses avant le scrutin. 

Nous avons cependant été surpris, parce que cet exercice nous a révélé autre chose que des engagements. Dans presque tous les échanges, « loisir » a été confondu ou assimilé au « sport ». Pourtant, le loisir ne se résume pas au sport. Chacun.e d’entre nous pratique une ou plusieurs activités de loisir: jouer aux échecs, pratiquer l’escalade, chanter dans une chorale, observer les oiseaux ou faire de l’astronomie avec un club amateur et tellement d’autres. Chacune de ces activités nous nourrit et leurs bienfaits ont des retombées sociales, culturelles, économiques et environnementales avérées. 

Reconnaissons le loisir à la hauteur de ses bénéfices

Plus encore, cette absence de reconnaissance a des conséquences concrètes pour notre société. D’abord, elle influence les choix budgétaires. Par exemple, quand on assimile le loisir à la catégorie du sport, on finance des installations au détriment de la vie associative qui les anime. Le résultat se lit dans les états financiers de nos organismes de loisir membres, alors que le soutien financier à leur mission couvre aujourd'hui moins du tiers du seuil reconnu.
Ne pas reconnaître le loisir fait aussi en sorte que les stratégies de prévention en santé, de persévérance scolaire, d'intégration des personnes immigrantes, se construisent sans la contribution du loisir, alors que nos 39 organismes nationaux et leurs membres rejoignent l’ensemble de la population, dont plusieurs groupes aux réalités spécifiques. Le réseau associatif du loisir possède de ce fait une expertise qui mérite d’être valorisée.

Enfin, cette absence de reconnaissance épuise les personnes passionnées et engagées qui tiennent le réseau à bout de bras. On parle ici d’équipes réduites, de salaires non concurrentiels, du manque criant de moyens pour accueillir et former les dizaines de milliers de bénévoles essentiels au maintien et au développement du loisir partout au Québec.

La nécessité d’une politique du loisir

Le Québec avait vu juste : sa Déclaration nationale sur les loisirs, en 1987, plaçait déjà le loisir comme service social au même titre que la santé et l'éducation.

Il est temps de poursuivre dans cette direction. Nous demandons aux partis d’inscrire à leur programme l’engagement de doter le Québec d’une politique du loisir. Une politique qui reconnaîtra le loisir dans son ensemble, sa présence dans tous les milieux de vie et l'engagement citoyen qui le porte.

Cette politique vise à soutenir la vie réelle des gens et ce qu'ils choisissent de faire de leur temps libre. Une société d’histoire qui perdure. Une activité de folklore ou de science qui fascine des jeunes. Un festival de village qui revient année après année. Ces gestes coûtent peu et leurs répercussions sont immenses.
Le 5 octobre prochain, un nouveau gouvernement entrera en fonction. Il héritera des pressions sur la santé, l'école et le tissu social des régions. Pour le soutenir, une partie de la réponse existe déjà au quotidien, dans 5 200 organisations qui travaillent sans cadre et sans reconnaissance.

Le loisir a toute sa place dans nos vies, il est temps que nos politiques publiques le reconnaissent enfin à sa juste valeur.

 

Annie Camus
Présidente
Conseil québécois du loisir
 

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